Warrior.

Certains évacuent leurs angoisses en faisant du sport. D’autres avec une activité créative. Il y en a qui mangent pour se réconforter. Moi, mon habitude était toute autre. Une habitude que j’ai commencée à l’âge de treize ans. Il y a quelques jours, j’ai néanmoins fêté cinq années clean. Avant de commencer à vous en parler, je tiens à préciser que ça peut déranger et que ça peut être un thème compliqué à gérer émotionnellement. Si vous êtes fragile, sensible, dans une mauvaise période, surtout passez votre chemin. J’ai plein d’articles très positifs alors je ne vous en voudrais pas si vous allez lire ceux-là plutôt que celui-ci. Au contraire. Surtout, j’y tiens, écoutez-vous. Si vous ne le sentez pas, cliquez sur la petite croix rouge en haut à droite.

Voilà un peu plus de deux ans que je tiens ce blog, ce petit journal où de plus en plus de monde me suit et me lit. Pendant ces deux années, je vous ai parlé ouvertement de mes troubles du comportement alimentaire. Mais je vous parlais aussi d’un autre problème dont je souffrais, que jusqu’à maintenant, j’avais décidé de garder sous silence. Parce que j’avais envie d’attendre cette phase clé des cinq ans, une sorte de rémission. Parce qu’il m’a aussi fallut du temps pour mettre des mots dessus. Mais aujourd’hui, pour fêter cette petite victoire personnelle, j’ai eu envie de me livrer. Pour moi, pour clôturer ces cinq années de combat mais aussi pour me donner du courage de continuer sur cette lancée positive. Pour vous aussi, pour ceux qui en ont besoin, qui le vivent ou tout simplement pour sensibiliser. Parce que c’est souvent secret, c’est tabou et ça dévoile un mal être immense.

Je n’ai toujours pas écrit le mot qui fait peur, le mot que les gens craignent, celui qui encourage ceux qui ont le jugement facile. Celui qui force le regard sur nos bras. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il y a très peu de marques à cet endroit. Alors voilà, pendant sept ans, j’ai utilisé cette technique d’auto-destruction qu’on appelle scarification. C’est un acte d’auto-mutilation très violent, commis envers soi-même. Chacun a ses raisons, c’est un acte très personnel et souvent très incompris. C’est aussi dangereux. Peut-être qu’avec certains de mes articles, quelques-uns d’entre vous savaient que j’étais concernée.

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Pour être honnête, je ne me souviens plus comment ça a commencé. Je sais juste que je partageais le secret avec une amie au collège, qui essayait de me faire arrêter. Ma famille venait tout juste de déménager dans une autre ville, à l’autre bout de la France. Je pense que, malgré ce que je pouvais dire à l’époque, ça m’a beaucoup touché. Je venais d’un collège dans lequel j’avais des amis très proches, j’avais un style très rock et nous écoutions tous du Tokio Hotel. Puis je suis arrivée dans un nouvel endroit, avec mes mitaines en résille, mes vêtements emo et mes têtes de morts, à écouter de la musique plutôt rock punk. Bref, tout ce que mes nouveaux camarades n’écoutaient pas. Ça ne m’a pas empêché d’avoir de belles amitiés et de vivres de bons moments mais je me sentais totalement décalée. Puis il y a eu l’entrée au lycée. J’y ai rencontré ma meilleure amie mais aujourd’hui c’est quasiment la seule avec qui j’ai encore un contact. Ces trois années ont été éprouvantes, surtout la dernière. Comme vous le savez déjà pour ceux qui me lisent depuis le début, j’ai commencé à souffrir des troubles du comportement alimentaire à cette période-là. Les problèmes à la maison ont grandi et à l’école, ce n’était pas mieux. Je me suis retrouvée enfermée dans une spirale et j’avais juste envie d’arrêter de ressentir tout ça.

Lorsque j’ai commencé à pratiquer au collège, c’était plus pour me prouver que j’étais capable de ressentir quelque chose. Que j’étais bien là même si j’étais différente. C’était une sorte d’habitude morbide qui me réconfortait. Je ne parlerai pas des objets que j’utilisais, même si je sais que ça peut être évident ou que maintenant on peut trouver n’importe quelle réponse sur internet mais c’est hors de question que les idées viennent de mon blog. Je vous parle de mon ressenti, du pourquoi mais certainement pas du comment. Arrivée au lycée, j’avais de plus en plus l’impression d’être un fantôme. Les insomnies, la maigreur, la pâleur de ma peau, ma tête vide, j’avais cette impression que toutes les journées se ressemblaient. Que j’étais bloquée. Que le silence et la solitude qui arrivaient petit à petit sur moi ne partiraient jamais. Alors vers mes seize ans, j’ai décidé d’y aller plus fort mais plus intelligemment – si je puis dire. Je n’étais plus cette adolescente à plaindre, je voulais juste sortir de moi. J’ai commencé à faire à des endroits plus discrets et de plus en plus souvent. Toujours aux mêmes endroits, tous les soirs, une habitude morbide, pendant trois ans. J’en porte encore les marques aujourd’hui. Moi qui pensais que ça ne durerait que le temps du lycée, je me suis trompée. La fac a été une grosse épreuve pour moi puisque j’ai lâché en cours d’année, je me suis retrouvée livrée à moi-même dans ma chambre d’adolescente. Puis l’année qui a suivi, même si j’avais plus d’amis, je ressentais toujours cette solitude, collée à ma peau. Pendant toutes ces années après le lycée, j’ai continué, de plus en plus fréquemment, plusieurs fois par jour, plusieurs fois par nuit. C’était devenue une addiction. A la moindre contrariété, douleur, à la moindre culpabilité ou mal-être, c’était ma réponse. Je recherchais un moyen de ressentir physiquement pour oublier tout ce que je ressentais émotionnellement.

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Aujourd’hui, ça fait cinq ans que j’ai arrêté tout ça, non sans peine. J’ai arrêté grâce à une personne – que j’ai longtemps considéré comme mon sauveur alors que véritablement, la décision venait de moi, j’avais juste besoin d’un coup de pouce et de prendre soin de moi.. cinq ans après, on peut dire que c’est réussi. Il y a cinq ans, j’ai jeté cette lame, qui me suivait comme mon ombre et je n’ai jamais craqué. J’y ai très souvent pensé, parfois même à deux doigts de recommencer mais je n’ai jamais franchi la limite. Je me l’étais promis. Même encore aujourd’hui où tout va bien, il m’arrive d’y penser parce qu’à l’époque, c’était la seule solution pour régler mes problèmes. J’ai mis très longtemps à accepter de pleurer, de lâcher prise et de ressentir mes émotions. Cinq ans après, je porte toujours les traces. C’est l’été que je les vois le plus, même si mon regard s’attarde sur elles chaque jour de l’année. J’aurai pu mettre des pommades pour les atténuer, pour qu’elles ne soient plus qu’un lointain souvenir, mais je sais aussi que j’ai besoin de les savoir là comme un rappel. De ne pas oublier d’où je viens, ce que j’ai traversé pour être la personne que je suis aujourd’hui. Peu importe votre passé, il faut vous en servir comme d’une force. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire mais ça en vaut la peine. Je suis vraiment fière d’en être arrivé là, même si ça a été compliqué. Pas à pas. Certains jours sont plus difficiles, mais demain est là pour tourner la page et recommencer.

Aujourd’hui, ça fait cinq ans que je suis clean. Cinq ans sans me faire du mal. Cinq ans à ressentir chacune de mes émotions, à me sentir enfin libre d’être moi-même. A la fin du mois, ça fera aussi cinq ans que je suis avec mon amoureux, mon sauveur. Mais surtout, celui qui m’a aidé à ouvrir les yeux, à m’accepter et à m’aimer. C’est un travail de tous les jours, mais je suis bien accompagnée. Il m’a montré la voie et j’ai juste accepté de guérir, de réunir assez de forces pour combattre cette routine et enfin vivre. Alors pour ceux qui vivent ça, vous n’êtes pas seuls. Si vous avez besoin, mes réseaux sont accessibles pour discuter en privé. Je n’ai pas les réponses à tout, j’ai seulement les miennes, ce qui a fonctionné pour moi. Mais vous n’êtes pas seuls et vous pouvez y arriver. Ça prendra le temps que ça prendra mais si vous voulez vous en sortir, sachez que c’est déjà un très grand pas de franchi. Courage et force à vous.

I’ve got scars / That I will never show / I’m a survivor / In more ways than you know

Signature 1

 

Petite précision : les traces qu’on peut apercevoir sur les photos ne sont pas mes cicatrices, j’ai seulement souligné mon propos. Je ne souhaitais pas prendre mes véritables cicatrices en photo.

35 commentaires sur “Warrior.

  1. Coucou !
    En fait, je ne suis pas sûre, mais je pense que je fais la même chose que toi il y a 5 ans mais je viens tout juste de m’en rendre compte (ce matin quand je le faisais), car au départ, c’était pour moi une distraction pendant mes cours où je m’ennuyais…
    Mais avec ton article, je me force à arrêter…
    Donc, encore merci pour tout

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  2. Je te félicite pour ce témoignage positif. Ils sont rares, ou comme tu l’écris si bien, beaucoup trop provocateur (pas besoin de mode d’emploi).
    Je te félicite aussi pour ta guérison. Je suis moi-même couverte de cicatrices qui me rappellent chaque jour ce que j’ai traversé (bon, en réalité, je ne fais plus attention. C’est surtout les regards qui se posent. Aux questions, je réponds maintenant que j’ai eu un accident. Ça clos la discussion…sauf bien sûr si c’est une demande d’aide.
    Aujourd’hui j’ai trouvé ma place dans la nature avec ma ménagerie.
    Cependant, j’écoute toujours du punk, du metal et je me bouge parfois aux concerts locaux (oui, je vais avoir 51 ans).
    Une idée pour décharger : sac à dos et montagne. Une fabuleuse manière de se reconnecter aux besoins primaires.
    A bientôt

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    1. Merci infiniment pour tes mots et ton témoignage ♥️
      J’ai pris le parti d’éviter la question, de répondre à côté également même si je pense que je vais finir par dire la vérité, ce que je fais déjà pour mes TCA.
      Je suis très heureuse pour toi, prendre un grand bol d’air frais est une belle solution pour se vider la tête et refaire le plein d’énergie ☺️

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  3. Merci pour cet article. Malgré ma dépression il a été bénéfique pour moi ! Plus jeune, je me suis déjà scarifié. C’était idiot c’était pour un garçon mais je souffrais tellement par amour… Je te suis reconnaissante de parler de tout cela. Je te souhaite un joyeux cinquième anniversaires et je te souhaite surtout de te sentir le mieux possible quotidiennement. Je t’embrasse,
    Maeva 😘

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  4. Cette histoire est très triste, mais elle fait du bien à entendre, surtout pour les gens qui cherchent de l’aide.
    Eh bien…
    Ils l’ont trouvé.
    C’est cet article, qui touche beaucoup de personnes, -dont moi- et qui leur donne de la force pour chaque jour…
    Merci

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  5. Ton article est très touchant et je suis heureuse pour toi que tu sois sortie de ce cercle vicieux infernal. J’espère que tu seras chaque jour un peu plus heureuse et épanouie dans ta vie, bonne continuation. De la part d’une petite blogueuse qui te soutient.

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  6. C’est un bel article et tu imagines bien à quel point il me touche. On n’apprend pas suffisamment aux enfants à être heureux et à prendre soin d’eux. L’empathie, la joie de vivre, les activités artistiques devraient faire partie du quotidien des enfants à la maison mais aussi à l’école. Je lis aussi de plus en plus d’articles sur les modifications génétiques que peuvent entrainer des traumatismes familiaux et un mal être qui se transmet de génération en génération . Il est donc
    indispensable d’apprendre à rompre ces chaînes-là aussi en parlant.
    Tu peux être fière du chemin parcouru et de la force qui te porte. Moi je suis fière de toi et je t’aime fort ❤

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  7. C’est difficile de dire quelque chose après avoir lu un article assez dur et important. Mais je ne pouvais pas ne pas laisser ma trace sous cet article car je commente à chaque fois. La première chose qui me vient ce sont des félicitations, des félicitations d’en parler et d’avoir réussir à tenir ces 5 ans ! Ce n’est pas rien et tu en es consciente. Ton article est très bien fait car tu ne rentres pas dans les détails horribles mais tu racontes ton calvaire et ce que ça te procurait pour continuer inlassablement. Ton article pourra sûrement en aider d’autres. C’est vrai que les périodes du collège et du lycée ne sont pas toujours les plus agréables à vivre. Moi on se moquait de ma couleur de mes cheveux vu que je suis rousse et que je lisais beaucoup.
    Ton article ne me laisse pas insensible et il me touche beaucoup ! ❤️

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    1. Merci infiniment pour tes mots. Ils m’encouragent dans ma démarche et me réconfortent ♥️ Ça me touche d’autant plus que tu es une lectrice régulière et que tes avis comptent, merci merci merci ☺️
      C’est vrai que ce sont des périodes compliquées, les adolescents sont durs envers eux-mêmes et envers les autres ! 😔

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      1. Ta démarche est très bien et très positive ! Parler de ça c’est aussi assumer ces actes mais permettre à d’autres de leur venir en aide ! Tu as beaucoup de lecteurs donc peut-être que dans le lot ça en aidera un 😊
        ❤️❤️❤️❤️❤️

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  8. Merci ma belle 🙂
    C’est vrai que, quand je vois d’autres maux, j’ai tendance à minimiser les miens même si j’y pense souvent et je le ressens quand je me vois dans le miroir. J’aimerais tellement pouvoir trouver LA solution, me sentir enfin à l’aise, pouvoir avoir confiance en moi et pourquoi pas aider les autres

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  9. Wahou bravo pour cet article ! C’est beau de mettre des mots sur des maux qu’ils soient anciens ou encore actuels. Ton article m’a beaucoup touché même si je ne suis pas dans ton cas. Mais au final, j’ai aussi des maux, des souvenirs plus ou moins joyeuses de mes années collèges/lycées, de ce que j’ai ressenti sur certaines de mes caractéristiques physiques (même si elles sont minimes par rapport à d’autres). Enfin bref, j’ai beaucoup aimé ton article.

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      1. Merci ma belle 🙂
        C’est vrai que, quand je vois d’autres maux, j’ai tendance à minimiser les miens même si j’y pense souvent et je le ressens quand je me vois dans le miroir. J’aimerais tellement pouvoir trouver LA solution, me sentir enfin à l’aise, pouvoir avoir confiance en moi et pourquoi pas aider les autres

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      2. Ça prend du temps mais tu réussiras, j’ai trouvé ma paix grâce au yoga notamment et j’ai cultivé ma créativité pour m’évader plus facilement. Chacun a sa recette, tu trouveras la tienne j’en suis sûre 😘

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  10. Hello,
    Merci pour ce témoignage touchant. J’accompagne au quotidien des jeunes et nombreux (dans ceux qui vont mal) se font du mal. Scarifications, brûlures, tout y passe. On s’abîme la peau pour ressentir, pour contenir une émotion trop forte qui si on l’exprime, peut nous submerger. Se reconnecter à son corps sans crainte doit alors se faire en douceur, ressentir à nouveau ses émotions et ne plus se « couper » d’elles. Accompagner ces jeunes, c’est très enrichissant ! Beaucoup se tournent vers le tatouage thérapeutique. Ils transforment leurs blessures en art et cela les motive à ne plus s’abîmer. 🙂
    Bravo pour ton parcours !
    Line de https://la-parenthese-psy.com/

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  11. Bravo pour cet anniversaire peu banal et surtout bravo pour avoir eu le courage de partager cet article. Je ne connais personne ayant été dans une situation similaire à la tienne mais je suis certaine qu’un article comme le tiens pourrait leur donner le courage d’arrêter de s’auto-mutiler. Sujet pas facile en effet, mais tu as su l’aborder avec espoir.

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